Le Théâtre en question(s) ???

Posté le 1 novembre 2016

VOUS ÊTES QUI ?

VOUS FAITES QUOI ?

LE THEÂTRE EN QUESTION(S) VA PERMETTRE DE VOUS LES FAIRE CONNAÎTRE

Anonymes ou déjà connus, que ce soit leur loisir ou leur métier, des femmes et des hommes, auteurs, comédiens, metteurs en scène, ou tout simplement spectateurs, ils se consacrent occasionnellement ou fréquemment  à une passion qui leur est commune : Le théâtre.

Leurs motivations sont diverses, certaines se rejoignent et convergent, d’autres très éloignées.

Professionnels ou amateurs, ils ont accepté d’en parler et se sont livrés en acceptant de jouer avec moi au jeu de l’interview.

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AUJOURD’HUI 1er novembre 2016, c’est :

Jo Cassen
Poète, écrivain de théâtre, comédien, metteur en scène*
jo cassen
Qui a bien volontiers joué le jeu de mes questions et y apporter réponses.

 

1                  A quelle période de votre vie avez-vous eu envie d’être un membre actif du spectacle vivant ?

Difficile de répondre, surtout de répondre avec certitude et sincérité. L’envie, si envie il y eut, sans doute s’est dessinée lentement, imperceptiblement. Il s’agissait d’abord d’une évidence, pas d’une révélation. J’ai été bercé dans le théâtre, dans les effluves très particuliers de la scène et des coulisses d’un théâtre démontable, dans la vie quotidienne difficile, complexe mais si riche de curiosités, d’inventivité, de heurts et malheurs d’une famille de saltimbanques. Une vraie famille de saltimbanques, pas des « bobos » de théâtre courant le cachet ou l’allocation de Pôle emploi. Une famille de comédiens, papa, maman, mes sœurs, mon frère… une tribu de gens du voyage baguenaudant leur imaginaire avec roulottes, baraque, décors, costumes… et répertoire de ville en ville, de village en village pour venir porter un peu de fantaisie, de distraction, d’éveil à la chose culturelle…

Dans la France de mon jeune âge, les années cinquante (1950) et au début des années soixante, on ne parlait guère de décentralisation, encore moins de scènes nationales, et dans la jeunesse de mes parents, avant-guerre, encore moins. Alors nous, les théâtres ambulants ou théâtres démontables, tant oubliés, gommés, effacés de la chose théâtrale connue et reconnue aujourd’hui, nous étions les seuls acteurs de la « décentralisation », et la qualité des productions des grandes troupes  de cette époque révolue, Les Lamberty, les Ferranti, Lamarche, Berthier- Riga, Camp, Créteur, Plazer… J’en passe et les prie de m’en excuser, la qualité disais-je des productions, le talent et le respect du public des comédiens n’avaient rien à envier à ce qui se fait de mieux aujourd’hui.

L’envie… Elle est sans doute venue de là, de la nécessité de perpétrer, d’un l’absolu besoin de continuer à transmettre ce que j’avais reçu et pour témoigner, aussi, surtout. Mais, pour connaître ce qui est derrière le décor, les vaches maigres, la vache enragée et pour m’être frotté quelques années à l’intelligentsia parisianiste je me suis pris du besoin impérieux de redoubler de prudence…

Le monde officiel du théâtre, qu’il soit professionnel ou amateur, les « sachants » du théâtre n’ont jamais vu d’un bon œil, les tenants du théâtre forain. Et trop souvent hélas, les uns et les autres se figent sur postures ridicules.

 

2        Pourquoi vous présentez-vous comme écrivain de théâtre plutôt qu’auteur ? Quelle différence ?

Un accès de modestie peut-être ? Non.

Un auteur, pour ceux qui ont la foi, c’est Dieu, créateur du ciel et de la terre. C’est celle ou celui qui de rien créé un chef d’œuvre : Michel Ange, Rembrandt, Camille Claudel… Un auteur, c’est le papa qui a reçu ce pouvoir exceptionnel grâce à la maman de créer ce bout d’eux-mêmes ; ils sont tous les deux auteurs de nos jours. Pour le meilleur et pour le pire.

Un écrivain, à partir d’une idée rarement originale, parce que déjà  développée ailleurs, en d’autres temps, en d’autres lieux, sous d’autres plumes conçoit une intrigue, un plan, une histoire et met en œuvre des personnages… qui parfois, souvent lui échappent. Il agit en conscience, souvent besogneux, quelquefois talentueux, et si la Muse se manifeste après tout le travail, il arrive que l’on découvre un virtuose.

La circonstance d’être connu et reconnu, en cette matière comme en d’autres n’établit absolument pas la supériorité d’un talent, simplement la circonstance de s’être trouvé au bon endroit, au bon moment.

 

3        Le théâtre c’est quoi pour vous, un métier, une passion ? Les deux ? Une destinée ?

Un métier, assurément non.

D’un métier, on doit vivre et surtout si l’on créé une famille, vivre décemment. Je n’ai jamais voulu entrainer mes enfants dans les galères vécues enfant et j’ai eu l’immense bonheur d’être, très jeune, un papa comblé par trois beaux enfants, j’ai d’abord structuré ma vie familiale sur une base professionnelle solide. Ensuite, j’ai pensé théâtre, agi théâtre, sans me priver, mais après, après seulement.

 

Au début je suis comédien ; Un comédien formé à l’école du théâtre de mon papa. Cette école qui ne m’apprit jamais à tirer les sonnettes des producteurs, des chefs de castings, à quémander une audition ou un contrat pour acheter une demi-baguette, en revanche une école qui m’a transmis le goût du travail, l’exigence d’une diction impeccable, la recherche de l’impossible perfection, la cohabitation indispensable de l’art et de l’esthétique, et le respect : le respect de l’œuvre, le respect du public… Bien sûr j’ai côtoyé d’autres maitres, René Hiéronimus qui me fit découvrir Jean Racine… Jean Périmony ; Bien sûr qu’ils m’ont éclairé, instruit, guidé, surtout, ils m’ont montré ce qu’il ne faut pas faire.

Je suis comédien pour ce spectateur idéal, celui qui sait, qui comprend, s’interroge, apprécie… Et s’il est seul, ce pauvre spectateur, au milieu d’un pseudo public, formaté, lobotomisé, c’est pour lui que je joue, les autres m’indiffèrent. Tant pis pour eux s’ils préfèrent l’insipide.

C’est tout naturellement que j’ai approché la mise en scène. Une continuation de mon itinéraire de comédien, mais aussi, le besoin de découvrir d’autres textes, d’autres univers, de m’enrichir de l’échange et de contribuer aussi à faire découvrir des plumes peu ou pas connues, ou surtout peu jouées, surtout en province.

L’écriture… L’écriture poétique, j’ai toujours aimé écrire, inventer, raconter, laisser vagabonder ma pensée, aujourd’hui, j’ai mal au monde… Le monde déconne, le monde est fou et rien ne semble affecter Madame et Monsieur tout-le-monde qui campent sur leur quant-à-soi, qui défendent bec et ongles quelques pauvres avantages acquis et qui surtout, ne veulent pas voir, ne veulent pas savoir et surtout ne veulent pas Agir…Aujourd’hui, j’ai besoin de crier, de hurler, de condamner les silences, l’inertie, la lâcheté ; J’ai besoin de remonter au combat comme à dix-huit ans, comme à trente ans. Je suis complètement con, je veux réveiller des dormeurs qui ne veulent pas sortir de leur paisible torpeur. C’est stupide.

L’écriture théâtrale… C’est autre chose. Un événement d’abord. La disparition de mon papa. Lorsqu’il nous a quittés, j’ai ressenti le besoin de lui parler, de lui dire tout ce qu’il avait été pour moi. Ce que je ne lui avais pas dit. Il avait toujours été un taiseux, et j’ai longtemps pris sa réserve, ses silences pour de l’indifférence, j’en ai souffert. J’ai écrit un texte… une nouvelle, des mémoires, peu importe… « SALTIMBANQUE ». Ce texte a été primé au concours littéraire de la Renaissance française en 2006 et j’ai voulu porter ce texte à la scène… Nathalie Cuisset, ma comédienne d’épouse l’a mis en scène et j’ai joué en novembre 2009, dans le cadre de la programmation culturelle de la Ville de Feignies (Nord), scène associée à la Scène Nationale Maubeuge-Mons.… Presque naturellement, j’ai continué à écrire, pour mes élèves d’atelier-théâtre, enfants et ados,  d’abord, adultes, ensuite… Et le virus m’a contaminé. Alors j’écris.

Mais, je ne ressens pas de plaisir à écrire pour le « boulevard » comme on dit ; je ne sais, si je le sais, qu’écrire parce que quelque chose me choque, m’interpelle, me questionne… Alzheimer (Et les cigales se sont tues), le don d’organes (Le don d’Etienne), l’Exclusion, l’Indifférence (Un deux trois Soleil, Un poète dans la rue, Deux millions, Le Chariot et la cloche…), la pédophilie et l’ambigüité de l’Eglise à cet égard (Hélios 888), la fabulation ou le mensonge d’état (Youri Tallo), l’hypocrisie, l’adultère…

Alors le théâtre, une passion, oui bien sûr, même assez dévastatrice, une destinée… Peut-être, sans doute, tout est écrit, je ne sais pas. Je ne crois pas au hasard.

 4        Alors, puisque vous êtes aussi comédien, quel rôle vous colle le plus à la peau ?

C’est difficile à dire parce que chaque aventure théâtrale est une immersion totale. Je ne sais pas faire semblant. Je ne veux pas faire semblant. Je ne conçois pas l’Art du comédien comme la simple mise en œuvre d’une technique, aussi élaborée et maîtrisée soit-elle.

Alors, je dirais… Julien Terreneuve de « Dissolution d’un Ectoplasme » de Denis Marulaz, pour la force, la faiblesse, l’humanité, le regard, la souffrance, le désespoir, toute la palette d’émotions, de douleurs de cet homme brisé, brisé par ses pairs…brisé par ceux qui se sont arrogé le droit de lui interdire d’exister… L’œuvre fleuve de Denis Marulaz a été pour moi un authentique bouleversement ;

Et pour d’autres raisons, Hugo dans « Les Muses Orphelines » de Marc-Michel Bouchard, un vertigineux voyage au tréfonds de l’âme humaine ; ou encore « L’Enseigneur » de Jean Pierre Dopagne.

Je ne veux pas être nostalgique. Ce qui est passé appartient au passé. Et Je ne veux en garder que le bon côté ; je préfère regarder demain et penser plutôt à ce metteur en scène qui m’offrira « le rôle » : Alceste, peut-être, ou un écrivain de théâtre d’aujourd’hui, vivant et regardant son monde au fond des yeux : Eric Emmanuel Schmitt : M. Ibrahim et les fleurs du Coran…

Ce ne sont pas œuvres qui manquent, c’est le goût et le talent du décideur, le metteur en scène, le producteur.

 

5        Si vous deviez jouer sur scène avec un professionnel (très) connu, (homme ou femme), ce serait avec : Josiane Balasko, André Dussollier, Jacques Weber, Amanda Lear… Tous ? Aucun d’eux ? Pourquoi ? ;

Sans l’ombre d’une hésitation : Jeanne Moreau. Madame Jeanne Moreau.

Où elle veut, quand elle veut, ce qu’elle veut.

J’en ai rêvé… Avec l’âge, je rêve moins, mais…

Une immense artiste, une comédienne d’une richesse tellement rare.

Et une Dame. La Dame.

 

Que voulez-vous que je vous dise de plus ?

On ne demande pas au soleil pourquoi il brille.

 

6        Alors puisque vous êtes poète, écrivain de théâtre, comédien, metteur en scène ; Quel rôle vous colle le plus à la peau ?

Assurément, pour l’impérieuse nécessité, le besoin vital, écrire, écrire en poésie. En poésie classique ou libre, en prose, écrire pour le théâtre, parce que le THEATRE, c’est la vie de la cité.

Maintenant, si l’on accorde au comédien, ce privilège de savoir s’exprimer, d’avoir une diction correcte, de la soigner sans tomber dans le maniérisme ou l’affectation, de disposer dit-on d’un certain charisme, alors, peut-être, pour l’autre, peut-être pourrait-on dire : Le Comédien.

Entre les deux mon cœur balance.

J’ai adoré et j’adore écrire et jouer. Mais, je « prends mon pied » magistral quand je mets en scène et que par la grâce de je ne sais qui, des comédiens, du hasard, du texte de l’auteur, se produit ce truc bizarre sur scène qui me laisse pantois, de bonheur, de plénitude, d’amour. Et l’après… Difficile. Difficile de sortir du rêve.

Merci à JO CASSEN de s’être livré sans détour(s) et non sans une certaine émotion à l’ interview.

*www.jocassen.com
www.theatredeletincelle.com 

Membre de :

  • SPF (Société des Poètes français)
  • SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) 
  • EAT (Ecrivains Associés du Théâtre)
  • ANRAT (Association Nationale de Recherche et d’Action Théâtrale)

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Aujourd’hui, c’est Francis POULET – auteur dramatique- qui a bien voulu se livrer à nos indiscrétions. Il est certes, auteur dramatique, mais passionné de musique – musicien lui même- (il,  m’a-t-il avoué , hors interview, être un fan absolu depuis toujours des STONES !)

 

1)      Francis  POULET, vous êtes dites vous, auteur dramatique, vous avez du pour cela avoir un parcours qui vous a permis d’en arriver à cela, on ne devient pas auteur comme cela ?

Au départ, j’étais musicien au sein d’un orchestre de bal, puis avec 4 camarades musiciens, nous avons créé le groupe progressif et théâtral « MONA LISA ».  5 disques entre 1972 & 79. C’est en 1977 que j’ai intégré une troupe de théâtre amateurs près de Meung sur Loire (45). Là, pendant près de 30 ans, nous avons donné 4 représentations chaque années.

2)      Et l’écriture qui fait de vous aujourd’hui un auteur ?

En 1977, j’ai intégré une troupe d’amateurs, la « Compagnie Uxelloise », avec laquelle nous avons donné 4 représentations par an pendant plus de 30 ans. Mais en 1978, j’ai proposé mes écrits (des comédies de boulevard) d’abord au Théâtre Populaire Familial, puis ensuite à « Art et Comédie », chez qui je suis toujours. Dans les années 90, j’ai été l’un des auteurs les plus joués par les troupes amateurs, en France, mais aussi un peu en Suisse, un peu en Belgique, en Allemagne et au Canada. Mais cela ne m’a pas empêché de continuer la musique et d’écrire pour ce que l’on nomme le théâtre musical.

3)      Toutes vos pièces sont éditées ?

Non. Pendant un bon moment, je faisais éditer une pièce par saison, mais celles qui ne sont pas éditées, on les trouve sur le site « Le proscénium », à moins qu’elles ne restent dans un tiroir en attendant l’occasion

4)      Assistez- vous de temps à autres à la représentation d’un de vos textes ?

Oui, chaque fois que je le peux, j’adore me rendre à la représentation de l’une de mes 50 pièces. Je suis toujours bien reçu et ce qui m’amuse c’est de voir l’étonnement des spectateurs et même des metteurs en scène qui pensent que je suis décédé ou alors trop âgé pour me déplacer (rires)

5)      Que pensez vous du théâtre que l’on dit « amateur » ?

Mon plus grand regret, je dirai même le plus vif, c’est de voir le théâtre amateur, continuer à rester l’enfant pauvre et délaissé du théâtre. Alors que le vrai théâtre, ne se joue pas uniquement à Paris, mais dans toute la France et surtout celle que l’on dit « profonde ». Mon grand plaisir c’est d’assister par exemple à une soirée théâtrale dans une commune un peu perdue en province, avec des pièces où l’on peut assister à des spectacles joués en leur temps, par exemple par Jean Lefèvre, Jacqueline Maillan, Bernard Menez, que beaucoup de spectateurs, n’ont jamais vus en chair et en os. La vraie vie quoi !

MERCI Francis de vous être prêté à cet interview.

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